Le rendez-vous (littéraire!?) de Minidou et Marmotte – Vol de Nuit, Antoine de Saint-Exupéry

Le principe : Tous les trois mois, Minidou et moi (ça rime!), nous vous présenterons nos impressions sur une oeuvre, souvent classique, que nous jugeons un peu difficile, ou éloignée de nos lectures habituelles. Deux lectrices (plus ou moins) averties valant mieux qu’une, voici l’avis de Minidou sur le même livre…

vol-de-nuit

De Saint-Exupéry, j’ai bien sûr lu Le Petit Prince. Apparemment certains de mes profs n’avaient pas  envie de se fouler en cherchant à nous faire lire quelque chose de plus original, donc j’ai du l’étudier dans deux classes différentes. Malgré la poésie de l’écriture et le contenu philosophique de certaines scènes, je n’ai jamais été particulièrement conquise par ce livre (pourtant je garde un bon souvenir d’autres œuvres lues en classe, donc je ne pense pas que ce soit du à l’aspect « lecture obligatoire »). En général, quand quelque chose me laisse un avis mitigé, qu’il s’agisse d’un livre, d’un aliment, d’une activité,  j’ai tendance à y retourner jusqu’à avoir un avis plus tranché sur la question. J’étais donc curieuse de découvrir un autre livre de l’auteur, et Vol de Nuit s’est retrouvé sur notre liste de lecture.

Ce court roman nous renvoie aux débuts de l’aviation commerciale, en Amérique du Sud. Les enjeux du transport du courrier entre les différents pays d’Amérique Latine et l’Europe ont changé avec la concurrence du train et du bateau, et il faut désormais faire voler les avions de nuit afin de conserver de l’avance sur les autres moyens de transport. Difficile de vraiment se rendre compte, à l’heure actuelle, des conditions dans lesquelles ces vols s’effectuaient et des risques que prenaient les équipages. Au vue des descriptions, les pilotes franchissaient la Cordillère des Andes, de nuit, à l’aide d’instruments à peine plus élaborés qu’une boussole et une lampe de poche, dans une boîte de conserve qui risquait de piquer du nez à la moindre défaillance technique, au plus petit changement des conditions météorologiques. Bref, il fallait un grand courage pour monter à bord de l’avion, une véritable maîtrise pour le faire voler, et malgré cela, l’aventure se terminait souvent de façon tragique. Par rapport à ma gentille factrice qui vient déposer mon courrier à bord de sa voiturette jaune tous les matins, ces pionniers faisaient un métier extrêmement différent… et malgré les risques, surement un peu plus exaltant?

Saint-Exupéry nous raconte ici une nuit en particulier, à travers les yeux de plusieurs personnages. Rivière fait figure de général d’armée, qui contrôle la chaîne de commandement et d’information. Sous ses dehors d’administrateur dirigé par son sens du devoir et au premier abord assez antipathique, on découvre un homme qui se sent investi d’une mission, qui aime profondément son métier, veut imprimer chez ses collègues la beauté et l’importance de ce qu’ils font, mais qui ne peut pas montrer de faiblesse sous peine de voir s’écrouler son projet. Les pilotes, souvent anonymes, partent en mission comme on partirait à la guerre, laissant à terre « les civils » (notamment leurs épouses, on suit d’ailleurs l’attente douloureuse de l’une d’elle quand elle n’arrive pas à avoir des nouvelles de son mari) , sans information ni moyen sûr de communiquer. Surtout, on sent toute l’expérience de l’auteur dans sa description des scènes de vol, la relation des membres de l’équipage, dont un chargé des communications radio, la responsabilité du pilote qui tient sa vie et celle de son collègue entre ses mains, l’exaltation et la solitude terrible de la nuit, la détermination à accomplir sa mission, quitte à en mourir.

C’est ce contraste entre l’aspect extrêmement humain des vols eux-mêmes et la dimension nécessairement désincarnée de l’administration qui les rend possibles qui m’a le plus marquée. Le récit est court, mais dense, riche de nombreuses thématiques et d’une « patte » littéraire à la fois poétique et profondément universelle. Et malgré cela, tout en étant consciente de la différence de public, de tonalité et de sujet, je ressors de ma lecture avec le même sentiment mitigé que pour Le Petit Prince. C’était sympa, vraiment, et ce livre est certainement un chef-d’oeuvre littéraire, mais je ne me suis pas laissée emporter, je suis restée dans l’analyse plutôt que l’émotion. Vous pouvez lancer vos tomates, et de mon côté je vais finir par me dire que « sentiment mitigé » est peut être un avis valable et construit.

Un petit concours? 

Etant des lectrices prévoyantes (en fait c’est surtout que sinon on risque d’oublier), nous avons déjà sélectionné notre prochaine lecture. Et comme on est d’humeur un peu joueuse, on vous propose de deviner de quel titre et de quel auteur il s’agit.

Pour cela, vous pouvez trouver deux indices, le mien et celui de Minidou. 

Mon indice : L’auteur est né en Grèce au début de notre ère, mais porte un nom aux consonances latines. 

Voilà, j’espère que ce premier article vous aura plu ! Vous pouvez nous envoyer vos suggestions en commentaire des articles, on donnera la réponse au prochain Rendez-vous. A bientôt !

 

 

 

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2 réflexions sur « Le rendez-vous (littéraire!?) de Minidou et Marmotte – Vol de Nuit, Antoine de Saint-Exupéry »

  1. Je trouve que « sentiment mitigé » est un avis valable et construit ; parfois il n’y a pas d’explication au fait qu’on n’accroche pas plus que cela à un livre ou un autre. Et là vu ce que tu dis ce doit tout simplement être au style de Saint-Exupéry. Malgré tout je trouve ta chronique vraiment bien construite et intéressante, même si mon propre ressenti est beaucoup plus proche de celui de Minidou.

    Mince alors j’ai joué à deviner chez elle justement mais sans le deuxième indice et automatiquement, je me suis totalement planté. N’y connaissant strictement rien en auteur grec (mis à part Homère), là je donne ma langue au chat 😛

    1. Merci pour ton commentaire 🙂 En fait je crois que ce qui me gêne, c’est que c’est un bouquin que j’aurais vraiment voulu apprécier, parce que ce sont des thèmes qui peuvent me parler, et une très belle écriture. Mais bon ça ne se commande pas (sinon y’a plein de choses que j’apprécierais plus , comme le running ou les endives^^).

      A bientôt 🙂

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