Une semaine dans la peau d’une prof indépendante

Lorsqu’on me demande ce que je fais comme travail, ma réponse (« alors heu… je donne des cours de FLE, français et anglais… et je fais de la relecture et de la traduction, aussi… bref, je suis auto-entrepreneur, en fait ») m’attire souvent des regards un peu sceptiques, voire des commentaires légèrement à côté de la plaque (pour ne pas dire vexants) :

  • Ah ok… donc tu cherches un vrai travail? Tu t’es inscrite à Pôle Emploi?
  • Avoue, tu as loupé le CAPES, c’est ça?
  • Mais t’as pas de diplôme de prof? en fait les auto-entreprises c’est un peu de l’arnaque non?
  • Enfin c’est bien, vu que tu fixes tes prix, tu dois te faire un max de pognon!
  • Et comme tu fixes aussi tes horaires, une fois que t’as assez d’argent, pouf, tu te mets en pause pendant 15 jours, tranquille la vie !

… En général, pour les trois premiers, je ne réponds même pas, et pour les deux derniers… si seulement !

Dans cet article, et les suivants, je n’ai pas vocation à vous présenter une vérité quelconque sur le statut d’indépendant, car ce terme regroupe un éventail de professions extrêmement large, et je n’ai sûrement pas le même mode de vie ni le même emploi du temps qu’un plombier ou qu’un webdesigner. De même, mon fonctionnement ne correspond pas forcément à celui d’autres enseignants indépendants, ou d’autres traducteurs. Mais je pensais que ça pourrait donner une première idée de ce que c’est que travailler de chez soi, à son compte, et aussi des avantages et des inconvénients qui sont à prendre en considération avant de se lancer.

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Mardi, Jeudi et Vendredi

Les choses sérieuses commencent le mardi, mais le jeudi et le vendredi sont des journées assez similaires. Réveil entre 6h et 7h. Yoga, méditation, petit dej, lecture… ma routine du matin me prend entre 30 minutes et 1h30 en fonction du temps dont je dispose. Comme mon trajet pour aller au travail est réduit (7 ou 8 mètres pour aller de mon lit à mon bureau), le démarrage est plutôt tranquille.
Le matin, c’est traduction et cours sur Skype, agrémentés de plusieurs mugs de thé. Si je n’ai rien de prévu, je travaille sur ma communication, réponds aux e-mails, prépare mes cours, j’effectue des corrections diverses et variées, mets à jour ma compta… Au-delà de ces tâches administratives, c’est souvent entre 8h et 11h que je suis la plus réveillée et productive, donc c’est un moment privilégié pour faire le point sur mes différents projets et objectifs, planifier les semaines à venir, mettre à jour mon calendrier et mes to-do lists. Il y a souvent quelque chose à faire, en particulier le vendredi quand je dois aussi me préparer pour la semaine suivante. Une fois toutes ces tâches terminées, s’il me reste un peu de temps, je travaille sur ma formation via le CNED (cette année, j’essaie d’obtenir le DAEFLE).
A ce stade des opérations, il est souvent midi, et je m’octroie une « petite » pause… qui peut durer jusqu’à 14 ou 15h, mais aussi être réduite à un bol de soupe avalé en 10 minutes en cas de coup de fil, de mail urgent, ou d’une traduction « rapide » à rendre dans la journée. J’en profite pour faire le ménage, partir en courses, m’occuper des ratons, avancer sur un projet créatif, ou encore écrire un article de blog. En fin de pause je vais souvent marcher 20 minutes pour me vider la tête avant de me remettre au boulot.
Ma « deuxième » journée de travail commence en général à 15h ou 16h car c’est à ce moment que démarrent la plupart de mes cours en face-à-face. En comptant les trajets, je suis au maximum à la maison à 21h30. J’essaie toujours de prendre un moment pour noter le contenu et le déroulement des cours effectués, les idées pour les séances suivantes, et répondre aux derniers mails de la journée avant d’éteindre mon ordinateur. Miam, dodo, et on recommence le lendemain…

Mercredi et Samedi 

Il s’agit de mes principales journées d’enseignement, les élèves d’âge scolaire étant disponibles, je peux enchaîner jusqu’à 8 ou 9h de cours par jour, sans compter les trajets et la préparation. Inutile de dire que pendant ces deux jours de la semaine, le reste de mes activités est réduit au strict minimum, la pause déjeuner est inexistante (de temps en temps la maman d’un élève a pitié de moi et me propose un biscuit avec le café), et toutes les tâches administratives sont reportées au lendemain !

Dimanche et Lundi

Mes deux jours de week-end! Enfin, en théorie. Si je n’ai pas de traduction sur le feu. Si un élève n’a pas mal magouillé son planning et ne m’a pas demandé, pleurant et larmoyant, un cours supplémentaire « parce que finalement mercredi c’est qu’une semaine sur deux que je peux ». Si je n’ai pas de devoirs « ultra urgent tu comprends je le sais depuis deux semaines mais c’est à rendre pour demain » à corriger. Si ce n’est pas le jour des factures. Si je n’ai pas de la com’ à lancer parce qu’évidemment c’est le week-end que les futurs clients seront plus facilement joignables.
Au final, j’ai rarement un week-end de deux jours. Ce sera plutôt un week-end de deux demie-journées, voire de quelques heures grappillées par-ci par-là en fonction des urgences et des priorités. Quand (à peu près 3 fois dans le mois) j’ai une journée de week-end complète sans rien à faire sur le plan professionnel, c’est le moment pour une longue séance de yoga, un peu de ménage, des gratouilles aux bestioles de compagnie, une sortie avec Mister. C’est aussi une période où je m’entraîne à ne pas bondir dès que je reçois un texto ou un mail et à ne pas répondre dans la seconde surtout si c’est un message pro.
Quand j’arrive à avoir mon lundi entier, j’en profite au maximum. C’est une journée « pour moi », où je prends mon temps, je m’autorise à traîner et à vraiment décompresser. C’est aussi un moment sympa pour aller me promener ou faire des achats parce qu’il n’y a quasiment personne dehors, tout est calme, c’est vraiment une journée que je savoure.

En bref :
– J’ai des journées souvent relativement « légères » niveau heures de travail effectives (à part le mercredi et le samedi où c’est un peu l’usine), mais avec une large amplitude horaire.
Je ne fixe pas vraiment mes horaires de travail puisque je suis dans un domaine où tout dépend de la disponibilité et de la présence du « client » (à savoir mes élèves), et aussi d’autres facteurs (si un client a besoin de moi pour une traduction, mes matinées vont être beaucoup plus « lourdes » en terme d’horaires, mais ça peut ne durer que trois jours, ou m’occuper tous les matins, week-ends compris, pendant un mois complet en fonction du travail à fournir).
Je travaille souvent 6 ou 7 jours par semaine. Ça ne veut pas dire que je fait 6 ou 7 journées de travail complètes (mais ça peut arriver aussi), mais souvent j’ai des choses « pro » à faire tous les jours de la semaine, donc c’est plus difficile de vraiment décrocher du boulot.
– Evidemment, j’ai aussi des périodes creuses, surtout l’été et au mois de janvier. Et même si j’essaie d’en profiter pour me lancer dans des projets personnels, passer du temps avec Mister et avoir une vie sociale, ce ne sont pas pour autant des vraies vacances, parce qu’il y a quand même toujours deux ou trois bricoles à faire niveau travail, et surtout, le compte bancaire et le frigo qui se vident me rappellent gentiment que ce serait bien de trouver des clients, quand même !

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Un truc pas cool quand on travaille de la maison :
Personnellement, je trouve que c’est très très difficile de vraiment « décrocher » du travail alors que mon bureau est dans mon salon, et que je passe du mode « vie professionnelle » au mode « vie privée » parfois 3 ou 4 fois par jour. Imaginez que j’aie oublié d’envoyer un mail, ou de préparer un colis à poster le lendemain, je dois me retenir de ne pas interrompre ma soirée film-et-fajitas avec Mister pour bondir vers mon bureau et corriger le problème… alors que si mon lieu de travail était différent de mon lieu de vie, j’attendrais le lendemain.

Un truc super cool quand on travaille à la maison :
Bon, j’avoue que les jours de semaine où je n’ai pas de cours et que je n’ai pas grand chose à faire, si en plus il fait beau ou que j’en ai marre, j’éteins l’ordi, et je vais me balader. Ou je prends mon tricot/ma pâte fimo, et j’allume Netflix. Ca s’applique aussi pendant les journées plus chargées : si à un moment j’ai envie d’aller faire un tour et m’aérer la tête avant de me remettre au travail… je peux, sans avoir à rendre de comptes, et sans culpabiliser. Et ça, c’est quand même super cool ! Ah, et je peux me cuisiner des bons petits plats à midi aussi.

Voilà, j’espère que ce premier article plus orienté « boulot » vous aura plu, n’hésitez pas à me poser des questions ou à venir partager vos expériences !

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8 réflexions sur « Une semaine dans la peau d’une prof indépendante »

  1. Coucou toi ! J’ai vraiment aimé lire ton rythme de vie ! C’est vraiment sympa de nous faire partager ça car on ne se rend pas vraiment compte de ce que c’est de travailler chez soi.
    Je te fais plein de bises et j’ai hâte de lire d’autres de tes articles :-*

    1. Coucou Mandy, merci pour ton commentaire, contente de voir que tu as apprécié cet article^^ Personnellement je suis très contente de ma décision de devenir indépendante, mais je comprends que ce soit difficile pour quelqu’un « d’extérieur » d’imaginer comment tout ça fonctionne, en vrai, et avant de me lancer je ne le savais pas trop non plus !!

      Bisous, à bientôt !

  2. je sais que c’est une chose que je ne pourrais pas faire. Déjà qu’en tant qu’enseignante en établissement, j’ai du mal à décrocher du boulot à la maison, là ça me deviendrait impossible. Je t’envie juste la « petite » pause quand elle se prolonge 😉
    Et j’espère que tu feras d’autres articles comme ça parce que c’est très intéressant !

    1. Ahah, moi j’admire les « vrais profs », avec les classes super nombreuses que vous gérez et tout ça… par contre ces longues vacances d’été me laissent rêveuse, j’avoue :p
      D’autres articles sont prévus, mais ce sera surement assez espacé dans le temps, je ne fais ce travail que depuis 1 an et demi donc j’ai des choses à dire mais je suis encore en pleine découverte !

    1. Merci pour ton commentaire ! Le rythme est variable d’une semaine à l’autre, parfois j’ai vraiment l’impression de glander, d’autres fois je donne 40 heures de cours dans la semaine et j’ai envie de mourir… Au moins ce n’est pas routinier comme ça ! ^^

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