Ambiance et temps de travail : petite réflexion non exhaustive…

Migraineuse depuis de nombreuses années, j’ai appris que si je veux accomplir quelque chose qui me demande de l’énergie mentale, il faut que je profite des quelques heures dans la journée où mes cellules grises sont suffisamment « actives ». Généralement, la magie opère le matin de 8h à 10h30 (oui c’est précis), et aussi de 13h à 15h. En prépa, j’ai également découvert que mon cerveau fonctionnait merveilleusement bien de 1h à 3h du matin, mais mes difficultés à rester éveillée jusque là ne m’ont pas laissé beaucoup d’occasions d’en profiter. J’ai aussi appris qu’en dehors de ces heures « idéales », je peux à tout moment avoir des migraines qui me transforment en légume pendant 6 à 48h. Fragile, moi? Peut-être, en tout cas il a bien fallu m’adapter.

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J’ai appris à me connaître, à aménager le plus possible ma journée autour des heures où je suis la plus à même de fournir des efforts intellectuels, et surtout, j’ai pris l’habitude de travailler vite, entre deux maux de tête. Je passe pas mal de temps à planifier ce que j’ai à faire, à laisser les choses décanter en m’occupant de tâches qui ne me demandent pas beaucoup d’attention, puis je profite de mes moments d’énergie pour avancer à grands pas sur mes projets… avant de redevenir apathique et fatiguée jusqu’à la prochaine « bonne » période. Et non, ce n’est pas une blague. La perspective de passer une journée dans le noir avec des boules quiès en cas de léger surmenage est une bonne raison de connaître et de respecter son rythme intérieur, à mon humble avis. Et oui, j’ai essayé plusieurs traitements. Certains fonctionnent, d’autres pas, la plupart m’assomment tellement que je ne peux que dormir ou me transformer en tas de gelée comateux. Et interdiction de prendre la voiture. Donc d’aller travailler. Pas très pratique.

Pendant mes études, et même au sein de ma famille, on a toujours valorisé mon efficacité, ma capacité à accomplir rapidement mes tâches, à gérer de nombreux projets en même temps, à savoir m’organiser pour optimiser mon temps. Quand j’ai commencé à travailler, je pensais donc, naïvement, que mon efficacité et ma capacité de travail seraient des atouts, en particulier dans une start-up où, supposément, tout reste à faire. J’ai vite déchanté. J’avais du travail, bien sûr, mais en dehors des moments un peu plus chargés, ce n’était clairement pas assez pour m’occuper pendant une quarantaine d’heures de présence hebdomadaire.
Vers 14 heures, en général, après une matinée passée à cocher toute ma to-do-list, je commençais à tourner en rond, à squatter Facebook, à tenter de battre mon record au démineur, à harceler faire le tour des bureaux de mes collègues pour voir s’ils n’avaient pas une mission à me confier… C’est aussi pendant cette période que j’ai créé mon premier blog. Et quand enfin il était 18h et que je me levais pour partir, il fallait affronter le regard souvent désapprobateur desdits collègues, et l’inévitable remarque de mon supérieur hiérarchique « Vous partez déjà, vous êtes pressée? ». Difficile alors de résister à la tentation d’invoquer un rendez-vous médical, une obligation familiale… Les rares fois où j’osais sous-entendre que j’avais fini ce que j’avais à faire, il fallait se soumettre à une inspection, à des remarques, parfois à un « et ça alors, ce n’est pas fait? ». Non, mais si je ne me garde pas un peu de travail pour demain, même des années de psy ne pourront plus rien pour ma santé mentale…
Evidemment, je me suis remise en question. Peut-être que j’étais paresseuse? Peut-être que je ne faisais pas les choses suffisamment bien? J’étais peut-être sensée passer plus de temps sur chaque projet, peaufiner chaque tâche? Mais au bout d’un moment, j’ai du me rendre à l’évidence: même si je n’ai jamais prétendu être parfaite, ce n’étaient pas vraiment mes capacités et méthodes de travail qui étaient en cause, mais la pression de rester assise à son bureau le plus tard possible pour faire comme tout le monde. L’obligation de faire semblant de s’activer, même en n’ayant rien à faire, et de s’ennuyer ferme pendant plusieurs heures par jour tout en sachant que si on se fait « pincer » à faire autre chose que son travail, les conséquences seront au minimum désagréables. Le fait de croiser le regard d’autres collègues qui attendent, eux aussi, que l’heure tourne, mais n’osent pas partir même quand ils dépassent leurs heures de travail contractuelles, pour en pas énerver « le boss ». Et pourtant, je n’avais rien contre mon travail, qui correspondait à mes qualifications, et grâce auquel j’ai appris beaucoup de choses. Ce qui me stressait et m’a conduite à ne plus vouloir me lever le matin, c’était toutes ces heures que je perdais, à regarder mes notifications Twitter défiler en sentant mon cerveau se liquéfier, en pensant à toutes les choses certainement plus saines et plus épanouissantes que j’aurais pu faire, chez moi, en ville, bref, en dehors de l’entreprise.

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J’ai, bien sûr, eu des expériences positives dans d’autres boîtes, et notamment des entreprises à visées culturelles ou humanitaires. L’ambiance était en général bonne, on était contents de venir travailler (la plupart du temps), notre boulot nous passionnait… Sauf que le « métier-passion », aussi chouette soit-il, est aussi un prétexte/une excuse pour une paie souvent minimale (et parfois de façon compréhensible, les entreprises de ces secteurs ne roulant pas toujours sur l’or), pour des heures interminables, un engagement parfois soirs et week-ends compris. Alors oui, on m’a toujours sincèrement remerciée pour le travail que je faisais, j’ai eu de très bonnes expériences dans ces entreprises, j’aurais sûrement pu signer un contrat plus permanent dans certaines d’entre elles, et très honnêtement, horaires de dingue ou pas, cela m’aurait beaucoup plu. Mais les circonstances en ont décidé autrement, et après avoir reçu des propositions intéressantes, j’ai fait le choix, après réflexion, de ne pas tenter de vivre seule dans une grande ville avec un SMIC et un emprunt étudiant.

Plus tard, j’ai travaillé dans une association. J’y ai fait un service civique, et j’étais contractuellement tenue à 25 heures de travail hebdomadaire. En réalité, la répartition de mes heures changeait en fonction de l’activité de l’association, mais je devais toujours veiller à faire, en moyenne, 25 heures par semaine, quitte à prendre des jours de repos quand j’avais eu une période chargée, ou à profiter de la préparation d’un événement pour augmenter mon volume horaire. Malgré les difficultés de fonctionnement de l’asso, qui m’ont un peu fait revoir mon envie de travailler dans cet environnement (tout le monde était très sympa, bienveillant, un peu hippie, mais pas toujours très rigoureux quand il s’agissait de transmission d’information, de gestion de projet, de compta ou encore de fiches de paie…), j’ai adoré cette période car je goûtais pour la première fois à beaucoup d’autonomie et aux horaires flexibles! Si je n’avais pas besoin d’être dans les locaux de l’association, pas de problème, j’envoyais un texto, et je travaillais de la maison. J’ai aussi eu la chance d’avoir des collègues qui m’ont d’emblée fait confiance, et qui n’hésitaient pas à me rappeler que je n’étais pas obligée d’arriver tôt ou de rester tard si je n’avais rien à faire, tout en respectant et en valorisant le temps et l’énergie que j’investissais dans l’association. La prise d’initiative étant encouragée, j’ai eu l’opportunité de proposer et de lancer des projets quand il me restait quelques heures à faire. En même temps, c’est vrai que je ne leur coûtais pas cher pour le travail que je faisais, mais c’était un peu le principe de mon contrat de service civique, et cela m’a aussi permis d’apprendre à gérer mon temps autrement, dans une ambiance plus détendue, et de réenvisager le monde du travail de façon plus positive et sereine. 

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Après cette période d’autonomie et de prise d’initiatives, difficile d’imaginer retourner en entreprise et j’étais devenue un peu perplexe par rapport au milieu associatif, où malgré les projets très motivants, les places sont chères, et la gestion parfois pas terrible.  D’autres concours de circonstances ont fait que je suis devenue auto-entrepreneur. Et même si mes horaires ne sont pas si flexibles que ça, j’ai quand même un peu plus de liberté. Surtout, quand je note mes heures de travail dans mon BulletJournal pour avoir une idée de comment j’utilise mon temps, ce sont de vraies heures de travail, et pas des moments où je traîne sur les réseaux sociaux. J’ai tout intérêt, en travaillant seule, à avoir une bonne hygiène de vie, et un bon équilibre vie pro/vie privée, donc chaque moment que je passe à travailler doit apporter quelque chose à mon projet. De fait, quand je fais des semaines de 40 heures, je suis en général bien plus fatiguée que quand je travaillais en entreprise, car ce sont 40 heures de « vrai » travail (préparation de cours, trajets en voiture, leçons, traduction, communication, comptabilité…) impliquant de la concentration et une dépense d’énergie conséquente, plutôt que 40 heures dont la moitié de « présence ». De fait, je dors très bien, alors qu’à une époque j’étais presque insomniaque à cause de toute la tension et l’énergie accumulées. Bien sûr, le fait de travailler de façon indépendante n’a pas que des avantages (on en parlera dans un prochain article), mais au moins j’ai l’impression de savoir un peu mieux pourquoi je me lève le matin, et j’ai la satisfaction de voir que chaque heure que je passe à mon bureau va avoir un impact direct sur la réussite de mon projet.

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Bien sûr, j’ai bien conscience qu’il ne s’agit que d’expériences et de ressentis personnels, je ne prétends en aucun cas que mes décisions et mon parcours conviendraient à d’autres personnes. Je sais que ce genre de choix est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre, et je tiens à préciser que ma situation actuelle a aussi des inconvénients : je suis sûre qu’un jour je regretterai mes horaires fixes et mes week-ends de deux jours!

N’hésitez pas à me faire part de vos remarques et expériences, je suis très intéressée par vos retours sur le sujet ! 

A bientôt !

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